Rédigé par Pierre-Olivier Lapointe, président du Groupe Lafortune, le texte qui suit a été partagé avec notre collègue et pilier, Claude Mickel, lors d’un moment de célébration en son honneur, à l’aube de sa retraite. Il rend hommage à ses années d’engagement et à cette présence qui, au fil du temps, a profondément marqué l’entreprise.
Je me suis longtemps demandé depuis combien de temps Claude travaillait chez Lafortune.
Puis j’ai réalisé que la vraie question était différente :
Est-ce que Lafortune a vraiment déjà existé sans Claude ?
Parce que dans mon parcours, Claude a toujours fait partie du paysage.
LE BRUIT DE LA PRESSE ET LES SOIRS SANS FIN
Quand j’étais enfant, Lafortune n’était pas qu’une entreprise.
C’était aussi le sous-sol de notre maison.
Je m’endormais le soir au son de la presse qui imprimait des mémoires d’appel.
Un bruit sourd, répétitif, presque hypnotique.
Une berceuse industrielle.
Comme quoi les délais serrés ne datent pas d’hier.
Claude ne travaillait pas encore chez Lafortune à cette époque…
Mais avec le recul, cette ambiance raconte déjà le monde dans lequel il allait si naturellement trouver sa place.
RUE AUTEUIL : DÉBUTS SERRÉS, SOUVENIRS IMPÉRISSABLES
Lorsque Claude arrive chez Lafortune, l’entreprise avait déjà quitté le sous-sol familial pour s’installer sur la rue Auteuil, à Brossard.
Une petite maison convertie en bureau.
Charmante… et franchement débordée.
Les dossiers occupaient chaque espace disponible.
Il y avait du papier pratiquement partout et des boîtes du sol au plafond!
Bienvenue chez Lafortune! 😉
C’est dans ce décor à la fois modeste, vivant et un brin improbable que
Claude commence son histoire avec nous.
UNE EMBAUCHE À L’IMAGE D’UNE ÉPOQUE… ET D’UNE FAMILLE
Claude n’arrive pas tout à fait en terrain inconnu.
Son frère André travaillait déjà chez Lafortune comme imprimeur. Sa tante Murielle faisait partie de la première garde des parajuristes — à une époque où le terme n’existait même pas encore.
Une histoire de famille… qui allait devenir une longue histoire de fidélité.
Claude est embauché par mon père, Jacques.
C’est un jeune homme discret.
Gêné même.
Travailleur, fier… Mais sans permis de conduire.
Ce détail n’a pas arrêté mon père. « Va chercher ton permis et je t’engage. »
Muni de son courage — et probablement d’un peu de celui de mon père — Claude a obtenu son permis.
Avec le recul, cette scène raconte déjà beaucoup :
- la confiance instinctive de mon père;
- le courage tranquille de Claude;
- et le début d’un lien qui allait durer 35 ans.
MONTRÉAL, BEAU TEMPS,
MAUVAIS TEMPS
Claude a commencé comme « court runner » — un terme très anglo pour dire livreur et commis d’atelier.
Claude n’était pas comme tous les livreurs, il était celui qui faisait en sorte que, peu importe les embûches, le dossier allait être déposé à la Cour.
Certaines journées relevaient franchement de l’absurde.
Une tempête ? On plaisantait à moitié : « On livrera en motoneige. »
Un dossier gigantesque ? « On louera un camion de déménagement. »
Et d’une manière ou d’une autre…
Claude rendait l’improbable possible.
Sans drame.
Sans mise en scène.
Juste avec une détermination inébranlable.
L’HOMME QUE LES ANNÉES
ONT RÉVÉLÉ
Claude est un homme de peu de mots.
D’une génération de peu de mots.
Mais Claude, c’est aussi une présence.
Une intensité.
Les anciens se souviendront d’un Claude très rigoureux : exigeant envers les autres, autant qu’envers lui-même.
Claude ne cherchait pas à faire peur. Il voulait que ce soit bien fait.
Avec les années, l’homme exigeant est devenu le pilier rassurant.
Le Claude plus direct est devenu un mentor, profondément humain.
UNE ÉVOLUTION RARE ET PRÉCIEUSE
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Claude est toujours resté discret. Mais lorsqu’il vient nous voir, il parle avec le cœur. Il a développé cette capacité rare : s’ouvrir à la richesse de l’autre, s’en nourrir puis devenir inspirant à son tour. |
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LE JOUR OÙ L’ATELIER EST
DEVENU NUMÉRIQUE
Claude a connu les presses à rouleaux.
Les mains tachées d’encre.
Les longues soirées d’atelier et parfois des nuits toutes entières…
Puis, sont arrivés : Les copieurs numériques. Les logiciels. Les écrans. La souris.
Disons que Claude n’a pas immédiatement célébré la révolution technologique.
Mais Claude a appris.
Parce que derrière une prudence bien légitime face aux nouveautés, il y avait une valeur immuable : le professionnalisme.
Si c’était la nouvelle façon de faire, Claude allait la maîtriser.
TENIR PENDANT QUE TOUT CHANGE
Pendant la pandémie, Claude a gardé le fort d’un département névralgique, au cœur des opérations.
Les échanges spontanés autour des copieurs ont laissé place aux appels Teams. Les repères ont changé.
Moins de voix dans les corridors. Plus d’écrans. Un quotidien réinventé dans l’adversité.
Claude a fait ce qu’il a toujours su faire : s’ajuster, avancer, rassurer.
Simplement.
Solidement.
Parce que Claude, quand il fallait tenir… tenait.
AU-DELÀ DE L’ATELIER
Avec le temps, j’ai appris à connaître Claude autrement.
Pas seulement comme chef imprimeur. Pas seulement comme pilier de l’atelier.
Mais comme homme.
Un père profondément attaché à sa conjointe et à sa famille, fier de ses deux filles, ainsi qu’un grand-père tendre et aimant.
Un homme pour qui recevoir n’était jamais un détail, mais presque un art.
Un passionné de cuisine capable de préparer de véritables festins pour réunir ceux qu’il aime. Claude a toujours eu ce souci du détail qui ne s’arrêtait pas aux dossiers.
Sa maison en est le reflet : chaleureuse, accueillante, impeccable. À son image.
Et puis il y a ses passions…
Le golf — où son calme légendaire devient soudainement redoutable.
Les voyages — dont il revient toujours souriant, reposé… et doté d’un teint doré à faire pâlir les habitués des salons de bronzage.
DANS LE SILLAGE DE CLAUDE
Il m’a connu enfant. Puis adolescent.
Puis comme jeune adulte convaincu que Lafortune ne serait « jamais » mon destin.
Il me demandait souvent : « Alors Pierrot… quand est-ce que tu commences chez Lafortune? »
Je répondais : « Ce n’est pas dans mes plans! »
La vie, manifestement, avait le sens de l’humour.
Et quelle chance j’ai eue de pouvoir travailler à ses côtés pendant 25 ans.
PUIS… CETTE PHRASE QUE JE N’OUBLIERAI JAMAIS
Quand la charge devenait lourde… à la limite décourageante…
Claude disait : « On est chanceux de travailler. Il y en a qui n’ont pas cette chance. »
Une phrase simple. Mais une immense leçon de perspective, d’humilité et de gratitude.
Merci pour ta constance.
Merci pour ta loyauté.
Merci pour ta rigueur.
Merci pour ta confiance.
La même confiance que mon père t’a offerte le premier jour…
et que tu as cultivée année après année.
Après 35 ans à faire en sorte que tout soit prêt « pour demain matin », nous te souhaitons maintenant :
Du temps. Du calme. Des voyages. Du golf.
Et une foule de matins sans urgence.
Parce que Claude,
Tu n’as pas seulement traversé l’histoire de Lafortune.
Tu en as incarné l’esprit.
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