17 parties, des milliers de pages et les coulisses de la préparation documentaire
Lorsque la Cour suprême du Canada entend une cause majeure, l’attention se porte naturellement sur les plaidoiries, les principes constitutionnels et les arguments juridiques.
Mais avant que les juges n’ouvrent les mémoires et les recueils de sources, un travail immense s’est déjà accompli dans l’ombre.
Dans la contestation de la Loi sur la laïcité de l’État (Loi 21), l’équipe Lafortune a participé à la préparation de 41 documents juridiques pour 17 des parties impliquées dans le dossier, couvrant différentes étapes de la procédure devant la Cour suprême.
Ce travail représente :
- 697 pages d’argumentation
- 19 763 pages de documentation
- 7 303 références juridiques hyperliées
- 10 recueils condensés et plans de plaidoirie préparés en quelques jours
Derrière ces chiffres se trouve une réalité souvent invisible : transformer une masse d’information juridique en dossiers clairs, structurés et conformes aux exigences du tribunal.
L’architecture documentaire d’une cause devant la Cour suprême
Un dossier devant la Cour suprême ne se limite pas à un mémoire.
La procédure comporte plusieurs documents clés, préparés à différentes étapes du dossier.
Au stade de la demande d’autorisation
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Au fond
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Chaque document doit respecter des règles très précises de présentation, de structure et de navigation électronique.
Chaque référence citée doit être retrouvée, vérifiée, correctement référencée et intégrée au dossier.
Dans cette cause seulement, cela représente plus de 7 300 références juridiques hyperliées, permettant de naviguer rapidement entre les arguments et les sources référencées.
Le moment décisif :
les recueils condensés
Le dernier document préparé avant l’audience est l’un des plus méconnus, mais des plus stratégiques : le recueil condensé.
Accompagné du plan d’argumentation, il constitue en quelque sorte le canevas de la plaidoirie de chaque partie.
Il rassemble les extraits de preuve, de jurisprudence et de doctrine qui soutiendront les arguments présentés devant les juges.
Ce document devient alors le principal outil de travail utilisé pendant l’audience.
Dans ce dossier, l’équipe Lafortune a préparé 10 recueils condensés en quelques jours seulement, ces documents étant transmis environ deux jours avant l’audience.
Ces recueils doivent permettre aux sept juges du plus haut tribunal du pays et aux procureurs de naviguer efficacement — et souvent en temps réel — à travers des milliers de pages de documentation.
C’est aussi un moment particulier pour notre équipe : celui où dix mandats distincts convergent simultanément dans un même dossier, exigeant une rigueur et une précision absolues.
Chaque référence doit mener au bon passage.
Chaque onglet doit ouvrir la bonne page.
Car chaque document doit soutenir l’argument exact qui sera plaidé.
À ce stade, la préparation documentaire devient bien plus qu’un travail technique : elle devient un véritable instrument au service de la plaidoirie.
Organiser la complexité
Derrière ces dossiers se trouve une organisation collective où chaque expertise joue un rôle précis.
Au cœur de l’opération, quatre chargés de projet ont orchestré les échéanciers, coordonné les échanges avec les cabinets et structuré la stratégie documentaire de chaque dossier.
Autour d’eux, une dizaine de parajuristes ont constitué la structure documentaire et assuré la cohérence des documents.
Trois infographes ont ensuite donné forme aux dossiers : structuration électronique, signets, hyperliens et navigation documentaire.
Enfin, l’équipe d’atelier a pris le relais pour produire les versions imprimées, effectuer les contrôles de qualité et préparer le tout pour dépôts, notifications et livraisons.
C’est un ballet documentaire savamment orchestré par nos deux coordonnateurs à la production.
Dans ce type de mandat, la difficulté n’est pas seulement technique.
Elle consiste surtout à orchestrer la complexité : intégrer les contributions de plusieurs équipes d’avocats, structurer des milliers de pages de documents et transformer cet ensemble en un dossier clair, cohérent et facilement navigable.
Chaque dossier doit être traité avec la même précision — comme s’il était le seul en préparation.
Une expertise développée dans les grands dossiers
La préparation documentaire de causes d’envergure fait partie de l’ADN de Lafortune depuis plusieurs décennies. L’équipe a contribué à la préparation des dossiers dans plusieurs litiges marquants devant les tribunaux québécois et la Cour suprême du Canada.
| Parmi ceux-ci figure notamment BCE inc. c. Détenteurs de débentures de 1976, une décision corporative majeure de la Cour suprême liée à l’acquisition projetée de BCE pour plus de 51 milliards de dollars, ayant nécessité la gestion de plus de 35 000 pages de documentation dans un calendrier accéléré.
L’équipe a également participé à la préparation documentaire du dossier Cinar / Claude Robinson, une cause emblématique en matière de droit d’auteur au Canada, caractérisée par un volume documentaire considérable et une preuve particulièrement complexe. Dans le cadre du litige sur le tabac impliquant notamment JTI-Macdonald, la préparation documentaire a représenté plus de 230 000 pages de documentation, illustrant l’ampleur exceptionnelle que peuvent atteindre certaines causes collectives. |
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Enfin, Lafortune a contribué à la préparation du dossier R. c. Munyaneza, une affaire criminelle historique liée aux poursuites pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Canada.
Ces dossiers illustrent une constante : lorsque les causes deviennent particulièrement complexes, la préparation documentaire devient un levier essentiel du travail juridique.
Derrière les grandes causes
Les grandes causes constitutionnelles marquent l’histoire du droit par les principes qu’elles mettent en jeu et les débats qu’elles suscitent.
Elles sont portées par de grands plaideurs, des équipes juridiques engagées et des stratégies argumentatives soigneusement construites.
Mais derrière ces plaidoiries se déploie aussi un travail moins visible : celui qui transforme des milliers de pages, des milliers de références et les contributions de nombreuses équipes juridiques en un dossier clair, structuré et navigable.
Un travail minutieux.
Un travail discret.
Mais un travail essentiel.
Car dans les grandes causes, la force d’un argument repose aussi sur la rigueur du dossier qui le porte.
C’est précisément dans ces moments que l’expertise de Lafortune prend tout son sens : soutenir les équipes juridiques afin qu’elles puissent se consacrer pleinement à l’essentiel — l’argumentation.
Pour aller plus loin
- Consultez le dossier de la Loi 21 et visionnez l’audience devant la Cour suprême du Canada
- Découvrir les services de préparation documentaire de Lafortune
- Se former sur la procédure d’appel ou la gestion de dossiers volumineux avec Lafortune Formation

